Rencontre du mois de septembre

Chaque mois, l'Agenda Culturel rencontre des acteurs culturels du territoire de Valenciennes Métropole. Ce mois-ci, rendez-vous avec Dorothée Deltombe et Romaric Daurier, respectivement directrice de projets et en charge de la direction générale et artistique du Phénix, scène nationale Valenciennes.

Bonjour, pouvez-vous nous expliquer quel est votre rôle et vos principales missions au sein du Phénix ?

Dorothée Deltombe :

Je suis directrice de projets. Je conçois, mets en œuvre et coordonne les projets portés par le phénix et développe des partenariats avec les acteurs du territoire. Parmi les eux, il y a entre autres :

  • Les remèdes de l’âme, une programmation décentralisée au sein du Centre hospitalier de Valenciennes ;
  • le Contrat Local d’Education Artistique en partenariat avec la CAVM et la DRAC Hauts de France ;
  • un projet avec les familles accompagnées par l’action sociale du Département,
  • la programmation hors les murs,
  • les collaboration avec les communes,
  • le développement d’un outil de dialogue autour de l’amour et de la sexualité pour aller à la rencontre des jeunes en collaboration avec l’association SOS villages d’enfants…

Romaric Daurier :

Je m’occupe de la direction générale, de la direction artistique, des relations avec de nombreux partenaires qui nous accompagnent. Je dis souvent que ces métiers sont particuliers : d’une main nous tenons un lien avec l’histoire des arts et des idées, de l’autre main un lien avec un territoire spécifique, en l’occurrence le Valenciennois. C’est en gardant cet équilibre que nous réussissons à créer de l’intelligence collective, et une meilleure démocratisation culturelle.

Que pouvez-vous nous dire de cette nouvelle saison ?

Romaric Daurier :

C’est une invitation au voyage et à la curiosité. L’idée est chaque saison de proposer le meilleur de la création contemporaine dans le Valenciennois, car ici aussi les habitants ont le droit de découvrir ce qui se fait de mieux sans aller à Paris ou Bruxelles. Nous sommes aussi devenus cette saison un Pôle Européen de Création, c’est la nouveauté, permettant à des artistes de faire leurs projets ici, et partir ensuite en France ou à l’international. Donc c’est ici que ça se passe si vous voulez vivre des aventures artistiques inédites.

Dorothée Deltombe :

Le public pourra découvrir de nombreuses restitutions réunissant amateurs et professionnels autour de thématiques variées : des patients du centre hospitalier de Valenciennes et des professionnels de la santé exploreront la transformation de la voix en lumière en formant « la chorale lumineuse ». Nous mettons en place un projet permettant d’offrir un espace de parole et du temps pour aborder le sentiment amoureux, le corps, l’acceptation de l’autre, l’échange, la tolérance, le respect mutuel, l’égalité, le consentement, soit autant de sujets cruciaux dans la construction adulte et citoyenne des adolescents. Des parents et des professionnels du champ social s’interrogeront quant à eux sur l’art de raconter la naissance, ce point de départ qui nous est commun à tous. Les spectateurs trouveront également le phénix au plus près de leurs domiciles puisque nous développons une programmation hors les murs dans les communes du territoire de Valenciennes Métropole. Plusieurs rendez-vous sont d’ailleurs gratuits.

Comment est construite votre programmation ?

Romaric Daurier :

Je n’aime pas trop le mot « programmation », je préfère celui de direction artistique. Elle se compose de fidélité à des artistes, de découvertes, et d’une volonté de s’adresser à de nombreux publics, aux familles, aux amateurs de musique, de théâtre, de danse, aux scolaires, aux étudiants, aux actifs, aux seniors… C’est la réunion de tous ces publics singuliers qui crée une alchimie et une rencontre. La programmation est préparée avec soin, car nous devons prévoir deux années à l’avance pour les artistes les plus demandés, comme Philippe Découfflé cette saison.

Quel en est le fil rouge ?

Romaric Daurier :

La programmation du Phénix est tissée de quatre fils rouges : une volonté d’exigence avec de grands rendez-vous avec des artistes d’envergure nationale et internationale,  une volonté d’ouverture avec de nombreuses propositions à découvrir en famille, un soutien à la jeune création avec le Pôle Européen de Création, et enfin une ouverture à tous les genres et à toutes les esthétiques, sans a-priori.

Quels seront les artistes en résidence ?

Romaric Daurier :

Depuis son lancement en juin 2016, le Pôle Européen de Création a permis aux trois artistes associés – Julien Gosselin, l’Amicale de Production et la cie XY- d’inscrire leur développement stratégique dans le long terme pour leurs créations jusqu’à 2021, leur apportant en région le soutien indispensable à l’ancrage territorial de leur démarche en complément d’une forte sollicitation à l’international. La visibilité des créations comme « 2666 », « Il n’est pas encore minuit » ou « Germinal » a été phénoménale.

D’autre part, nous avons élargi l’accompagnement aux artistes émergents de la région, soit 11 jeunes compagnies sur 16, qui ont intégré le CAMPUS du Pôle Européen de Création pour 2017 et 2018 : Rebecca Chaillon (Creil), Julien Aillet (Lille), Sarah Lecarpentier (Lille), Damien Chardonnet-Darmaillacq (Aulnoye-Aymeries), Denis Bonnetier (Valenciennes), Cédric Orain (Valenciennes), Cie L’Ouvrier du Drame (Arras), Tiphaine Raffier (Lille), Cie Les Bourgeois de Kiev (Lille), Yuval Rozman (Lille) et Frédéric Laforgue (Arras).

A ce jour, l’activité du Pôle Européen de Création a permis d’accompagner 211 artistes et collaborateurs pour leurs résidences, pour 214 jours de travail effectifs sur nos plateaux, soit 2 157 heures travaillées et 3 484 nuitées dans le Valenciennois. Cela représente la création de 10,81 équivalents temps plein, ces emplois étant non délocalisables.

Une expertise, un accompagnement et un mentorat ont été mis en œuvre pour l’accompagnement des artistes associés et des artistes du CAMPUS. La démarche s’est appuyée sur un réseau professionnel étendu, permettant d’affirmer la vocation structurante du Pôle Européen de Création : ce sont 28 structures culturelles de la Région, 54 structures nationales et 32 structures internationales qui sont partenaires pour la création et la diffusion des projets accompagnés.

Quels seront les temps forts de cette nouvelle saison ?

Romaric Daurier :

Tout d’abord le lancement de saison le 17 septembre, à l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine, permettant de découvrir le bâtiment et d’assister à deux spectacles gratuits.

Ensuite l’accueil de la dernière création de Philippe Decouflé, du 18 au 20 octobre, qui revient en France après avoir créer un spectacle à Broadway avec le Cirque du Soleil.

La venue à Valenciennes de « Borderline », du metteur en scène flamand Guy Cassiers, sera un événement, avec un texte très fort sur la question des migrants les 12 et 13 octobre.

Le Phénix propose aussi de nombreux festivals : Avec l’Espace Pasolini le phénix participe au festival Next organisé dans l’Eurorégion avec le meilleur de la création contemporaine. Ce festival a été sélectionné comme l’un des dix festivals les plus innovants en Europe.

Nous invitons aussi l’Indonésie pendant une semaine à Valenciennes dans le cadre d’Europalia, grande manifestation européenne dont nous sommes partenaires.

Enfin, le Cabaret de Curiosités, au mois de mars 2018, est devenu notre rendez-vous « maison » qui propose avec nos partenaires du territoire plus de 14 créations sur une thématique commune. Cette année nous avons deux focus sur Taïwan et le Proche-Orient. C’est devenu l’un des temps forts de la création en France et en Europe.

Nous savons que cette question est toujours difficile, mais pouvez-vous nous dire quel est votre coup de cœur de la saison ?

Romaric Daurier :

Pour ceux qui n’ont pas eu l’occasion de découvrir Julien Gosselin, il faut absolument voir « Les Particules Elémentaires » que nous reprenons en décembre. Ce projet a été répété ici, et les Valenciennois ont été les premiers à assister au spectacle avant que sa reconnaissance n’explose à Avignon, puis dans le monde entier. Je conseille aussi « 1993« , une pièce que Julien Gosselin a écrit avec Aurélien Bélanger, sur la question de Calais et des migrants, de la promesse européenne. C’est une œuvre magistrale.

 

Dorothée Deltombe :

Je partage avec Romaric ce premier choix coup de cœur : « Les particules élémentaires« , je l’ai vu 3 fois. Je le verrai 2 fois de plus sans hésitation.

Puisque nous parlons de cœur, celui de votre métier est de faire se rencontrer les artistes, les œuvres, et le public.

Pouvez-vous partager avec nous quelques secrets de votre travail ?

Romaric Daurier :

Je ne sais pas si cela est un secret, mais peut –être la première rencontre avec Julien Gosselin, un jeune homme de 25 ans totalement inconnu qui vient me dire qu’il souhaite adapter Michel Houellebecq. J’aurai pu le prendre pour un inconscient, mais c’était un génie qui se cachait derrière son adaptation. Ce sont ces beaux moments de « paris » irrationnels, qui font le sel de nos métiers. Nous sommes là pour gérer les passions, dans un magnifique paradoxe.

 

Dorothée Deltombe :

Offrir aux artistes et au public du temps pour penser et se sentir vivant.  Nous pouvons avoir de belles idées, de belles intentions, mais si on ne met pas du temps et de l’humain pour les mettre en œuvre, ça ne fonctionne pas.

Avez-vous une anecdote particulière à nous raconter concernant ces rencontres « artistes – publics » ?

Dorothée Deltombe :

Après douze années de présence au Phénix, des histoires il y en a beaucoup. Je manque de concision pour en cibler une seule en quelque mots ! Pourtant, il y a eu des rencontres fortes, celles qui vous font orienter votre vie autrement, celles qui apportent un éclairage sur votre personnalité, celles qui vous donnent l’élan d’entreprendre un renouveau, celles qui réconfortent. Des déclics chez des participants aux aventures humaines et artistiques, j’en ai vu plusieurs. Ils donnent l’énergie et entretiennent l’envie.

La sortie de l’agenda culturel en ligne : pouvez-vous nous dire pourquoi et comment cela va vous aider dans votre quotidien ?

Romaric Daurier :

C’est formidable. C’est un projet qui était réclamé depuis de nombreuses années et ils l’ont fait. Bravo ! La culture n’est pas un champ concurrentiel : au contraire du Coca-Cola, plus vous voyez de spectacles, plus vous écoutez de musique, plus vous souhaitez découvrir et diversifier vos goûts. La culture est une exception à ce que l’on appelle en économie « l’utilité marginale décroissante ». Au bénéfice d’un territoire qui a toujours été une grande terre d’artistes et de création depuis les Prix de Rome.

 

Dorothée Deltombe :

Partageons l’information et les pépites que tous les acteurs culturels mettent en place au service des habitants et du vivre ensemble !

Merci d’avoir pris le temps de répondre à cette interview !

Belle saison à vous ! 

Tout sur le Phénix ici.

Vos services

Votre navigateur est désuet!

Mettez à jour votre navigateur pour afficher correctement ce site Web. Mettre à jour maintenant

×